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espace perso

nous ne mettrons pas de sens ici. un bras qu'on lève n'est rien de plus ni rien de MOINS qu'un bras qu’on bras lève. mais cette absence est manifeste : pour une certaine vacuité de l'existence.

22 janvier 2008 - 7h50 - rue de la Butte aux Cailles

voilà l'occasion qui me donne d'écrire une lettre dont je n'avais jusqu'à présent jamais eu le courage.

(et même encore, cette force se dérobe [...].)

j'investis ta vie. par imitation. allongé dans ton lit, F.R.I.E.N.D.S sur l'ordinateur. puis ton caleçon, ton parfum. j'avoue mettre scellé à toi par cette sorte d'ornements rituels.

"tout en lui m'attire et me demeure mystérieux." ce mystère non soluble dans mes contrariétés actuelles je me décide donc d'y participer.

et cette participation quoique porteuse d'aide est avant tout égocentrique : m'occuper d'une autre vie que la mienne est salvateur car pré/occupant. je m'en encombre avant que de me résoudre à mes propres problèmes dont je n'aurais de toute façon pas la solution.

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j'ai écrit cette première page et en voudrais entamer une suite où aveux et confidences feraient bon ménage.

j'ai en ta présence la quiétude nécessaire à mon repos.

j'ai en ta présence l'inquiétude de me rendre insupportable.

j'aime être dans ton lit. c'est une sorte d'orgueil plus indélébile que ces mots [ton nom] écrits en rouge sur mon bras.

je déteste ne pas savoir à quel point notre fidélité est pour toi une restriction dans la mesure où, et je ne m'en plains pas, cette fidélité  me désœuvre dans les rencontres d'autres garçons. c'est le point

[...] et crois bien que tu n'as pas le temps de voir d'autres garçons. cela tu me le dis.

{louis, si tu lis cela, tu sauras ce que je n'écris plus. cela était pourtant sincère. faute commise, mille bonnes raisons, aucune excuse. je t'embrasse}

j'apprécie tant qu'incapable de temps libre tu acceptes mon [encombrante] présence.

je suis davantage ravi que tu sembles parfois la solliciter.

gordien

Le lien de l'engagement devient pour moi un noeud d'attachement. Je n'ai pas l'épée d'Alexandre alors il ne reste plus pour m'en défaire qu'une certaine brutalité.

honte

je ne voudrais pas ressentir la honte, en ayant cru à une fin proche, d'une sincérité nouvelle qui feindrait la spontanéité.

il faut bien croire

J'ai été amoureux après notre séparation ce vendredi soir. L'autorisation de t'appeler en journée la semaine - l'interdiction de t'appeler le samedi ou dimanche - a nourri ma passion démente pendant ce week-end-là. Pour une fois suffisamment volontaire je me suis tenu à cette patience insupportable du silence. Mon propre silence qui dans sa brisure aurait également ruiné non pas l'égard particulier (espéré) mais l'espoir d'égard particulier. mon amour s'il se dévoile contient son exacte condamnation. Puis ayant tenté de t'appeler dès la journée du lundi, l'amour a cessé de me ravager. Mais c'est toi qui appelles cette fois. Alors c'est un supplice divin : le foi se dévore, et la douleur passe et s'oublie. Et recommence encore.

existence

ce qui n'apparait pas dans le temps et dans l'espace existe cependant. car la seule éventualité que cela puisse arriver, le fait que cela soit possible nécessite l'existence. toutes les actions que nous ne réalisons pas par lacheté, paresse, manque de volonté, orgueil, ..., nous définissent autant que celle que nous réalisons. elles nous caractérisent même davantage que celles que nous leur substituons en lieu et temps.
nous les avons phantasmées, elles surgissent profondement.
nous les avons réalisées, elles sont socialement conditionnées. 

Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisble.

Ça n'est pas vrai. C'est pourtant ce qu'on m'a longtemps imposé : croire.
Ça non plus ça n'est pas vrai, la réalité est pire. Mes parents m'ont fait croire. Dieu m'a été présenté comme une évidence incontestable, jamais il n'a été mentionné que d'autres dieux été possibles.

'

Hadrien l'empereur qui demeure en mes nuits,
en un songe où je meurs à mesure qu'il fuit.

l'évidence même

Ce qu'il éprouve naît de son esprit. À ce moment précis de son amour, les sensations organiques lui sont empêchées par un processus qui rend ce qu'il perçoit et comprend, analysé sans le moindre espoir de sursis. M'aimer le rend profondément triste, mais de telles façons qu'ayant d'abord pleuré en lui ses yeux devenus arides ne versent plus une larme. Alors, par des raisonnements qu'il devine absurdes il se convainc que cet amour-là est erroné. Car la passion est absente de son être. Il bande de savoir que les plaisirs qu'il me procure le rendent aimable auprès de moi. La préférence de certains chats va à celui de ses maîtres dont la douceur des caresses est la plus grande ; il tente de reproduire ce mécanisme.

Il veut ma préférence car il ne me croit pas capable d'amour.

D'autres éléments empêchent son amour d'émerger de la profondeur de son corps. Sa vanité, l'obligeant à refuser l'amour pour moi que je n'ai pas pour lui il ne peut résister au plaisir enfantin de me faire croire qu'il en aime d'autres. D'autres garçons de son âge vers lesquels il le sait je suis inexorablement attiré. Le vice est tel qu'il dit qu'il ne m'aime pas. Cela même, il le croit, du moins il l'espère vrai.

 
Il a pourtant résolument conscience que ces galimatias ne me trompent pas autant qu'ils l'éblouissent. Ce qu'il n'ose s'avouer, par des ornements divers il tente une fois de plus de le cacher ; cet acte est la preuve certaine de sa bêtise car l'or disposé à coté du vulgaire plomb rend ce dernier plus terne encore.
 
Il essaie alors une autre diversion où son amour pourrait trouver sa pleine et ultime justification ; pleine par le goût qu'il a de cet état de fait, ultime par mon savoir du goût qu'il a de pareilles situations ; il me fait l'acheter.
 
Il capitule. Être intelligent, beau, jeune s'avère inutile. Être amoureux siéra peut-être. Il s'avoue à lui-même ; en ma présence. Il ne me dit rien car il sait que je comprends, et surtout il n'aime pas dire les choses évidentes – car il est désormais évident qu'il m'aime.

à sa manière

Chacune de ses rencontres futures est désormais empreinte d'une qualité nouvelle qu'il n'avait jusqu'alors jamais crue possible. Chacun des garçons croisés sera nouveau, si la nouveauté signifie l'égard particulier.
Frederic Louis et moi ; chacun de nous trois, à sa manière – celle de Camille ou la notre propre.

banals

Le lieu de son esprit occupe son corps, toute la place, là ou d’autres logent des organes banals.

lettre

C’est quand il me rencontre que tout commence.

Il n’a que vaguement débuté la construction de lui-même bien qu’il en ait déjà une idée précise. Il sait exactement ce qu’il veut être ; quel homme il sera. Il sait également beaucoup d’autres choses, malgré son inexpérience de tout. Car en réalité il ne fait rien que d’observer. Il ne vise que le progrès de lui-même, alors il intègre tout ce qui peut l’être.

Et pour ça : il s’est très tôt enfermé dans ... . C’est dans son adolescence qu’a commencé la construction lente et progressive d’une telle prison. ... il s’est enraciné au centre du monde afin de bénéficier d’une vision parfaite. Tout ce qui lui apparaît, il l’amasse, sans pouvoir se séparer de rien. De sorte que l’entassement successif de ce qu’il intègre à sa mémoire le fait suffoquer.

Or, si cette prison lui permet de tout percevoir – et véritable la réciprocité de cette perception – rien ne peut atteindre profondément sa sensibilité,

De sorte que, il se trouve être obligé de feindre des états qui lui restent étrangers mais qu’il a néanmoins perçus et compris. Rien ne lui est corporellement naturel. La spontanéité dissipée à jamais, il n’éprouve plus rien qui ne naisse de son esprit.

résolution/résorption

de le savoir capable d’amour alors qu’il ne l’était pas pour moi m’en a détourné.

et d’apprendre que tu entames avec Victor ce que je souhaitais entendre pour les autres; te savoir aimant me peux éloigner de toi. tu m’as finalement apporté le mobile de résoudre notre amour.

où?

Finalement je ne t’ai qu’aimé dans la mesure où … . Seul l’ennui.
 
Les limbes de mon amour ne peuvent survivre à l’ennui immanent d’une situation à ce point répétée. Limbes qui ne sont plus pour moi que les rares fois où ... . La virginité retrouvée à chaque éclat de l’écume.

+

Une mère devant son fils, pleine d’une douleur de fin fatale et proche de cette douleur : celle de la faute commise qui condamne à la peine.

promiscuité

Il cherche dans ses relations proches à atteindre une promiscuité, idéalement instantanée. Instantanéité qui favorise les caresses et les frôlements de corps mais évite la douceur de l’amour par empêchement d’éternité.

konverzation

Je vais essayer de résumer tout ce qu’il m’est venu depuis notre dernière conversation.
Trahi n’est pas l’émotion véritable.
Ce qui est véritable (et tu le sais depuis longtemps) c’est l’importance immédiate que tu as eu sur ma vie. Et dès le début j’ai vainement tenté de m’en défaire.
La première séparation, après une histoire fulgurante. Tu m’appelles et me lis Yourcenar (qui désormais hante ma vie et celle de mes proches). Mais déjà un pressentiment, ou plutôt une parfaite ignorance mêlée à cette splendide inconscience qui lui est propre nous éloigne.
Puis cette renaissance (que tu sais parfaitement également), où, n’osant m’avouer mon amour et te croyant toi-même incapable d’amour, je cherche à te haïr en te faisant raconter Caïs, notamment. Probablement te savoir ayant pu aimer un autre m’aurait pu éloigner. Tu n’as jamais voulu, su, ou peut-être pu ; alors l’évidence indicible apparut misérablement éclatante comme vénus aux premières heures du soir.
Cette somptuosité tragique, car quoiqu’elle accorde aux bergers le repos d’une journée elle prépare plus sûrement l’opacité de la nuit et devient huissier des hurlements lointains, finit de nous achever.

hiroshima - mon amour

Alors j’ai vu mon amour balayé par le vent, ce vent même qui rend un nuage banal, incertain en un nuage d'Hiroshima fatal. (Et la voix de ce film, de cet Asiatique, et encore plus précisément du ton de voix égrenant : « hi-ro-shi-ma »

les dieux ont existés.

C’était en ce temps-là. Mais quand l’homme a écrit leurs aventures, c’en était fini d’eux.
« Il me semble parfois qu’écrire empêche de vivre. » écrit Gide. Il nous rend compte que l'écriture simultanée à l’existence scelle cette dernière et endurcit. La vie se fige, l’écrit se fausse.
Homère en récitant l’Illiade a tué les dieux. Autre chose est né.
La vie ne fait pas que disparaître.

drames

Les drames ont de formidable leurs multiplicités. Personnels, ils sont tous communs à une ville où ils passent tous inaperçus. Et plus fabuleux encore leur tragique passe aux yeux de certains pour du banal. Les garde-fous voient le meurtre en usuel sans aucun des ornements propitiatoires qu’y accrochent les meurtriers et qui rendent chacun de leur rituel unique. Le prêtre et les communiants sont propres à chacune des messes sacrificielles.

.

Mais alors, croyant que notre relation est profonde et le lui faisant savoir, c’est la fatalité soudainement apparue qui m’interrompt. Car la profondeur touche chacun de nos sentiments réciproques, mais à ce point que ce n’est qu’une montagne aux pentes raides qui s’élèvent entre nous deux. Un Caucase de pierre au sommet duquel les oiseaux de proie, nombreux, attendent chaque jour le foie nouveau de Prométhée et où, à mes cotés, Sisyphe se repose adossé à son roc. Il est lui-même surpris de s'être interrompu dans sa tache et admire plus loin la rare immobilité d'Ixion.

miracle

Le reflet dans la vitre faisait que je percevais ses yeux assurément mieux que celui qu’ils regardaient. Ce miracle ma fait leur voler cet adieu.

(!)

les buts de cet espace ne sont manifestement (!) pas DADA ; dada dit de lui-même qu'il est de merde ; j'abhorre ces détritus puants pour adopter un point de vue romantique, élitiste : la Cholet ne comprendra pas l'essence artistique de mon travail pour ce qu'elle n'appartient pas à cette minorité glorieuse dont je suis le pourvoyeur de corps. mon art est utopique, mon goût est eugéniste. "et on tuera tous les affreux" s'imposerait comme ma devise si la torture -curiosité du corps- s'y comparait délicieusement.

no.future

Vous savez, je me demande parfois : il est où ce futur qu'on nous a promis ? On a beau être au XXIe siècle, on a toujours pas de rétrofusées sur le dos. Elles sont où les cités sous-marines, la nourriture en poudre et la voiture amphibie ? Et d'ailleurs, pourquoi je n'habite pas sur mars où je pourrais regarder le dernier Falcon sur une télé à dédoublement d'image pas plus grande que mon ongle ? Ils sont où les coureurs du 100 mètres en 5 secondes, les perchistes ressorts à plus de 10 mètres et les marathoniens du 500 kilomètres ? Et l'oxygénorespirabilité des nageurs bioniques, ça en est où ? C'est le moment d'y réfléchir, le monde a-t-il tenu ses promesses ? En un mot, non. On a peut-être internet et tous ces bidules d'avant-garde, ça ne suffit pas.

merci!

je voudrais profiter de l'occasion pour remercier tout particulièrement la machine à faire des gaufres et le chien qui court après les voitures, le train et tout ce qu'il y a un peu plus loin. Le film de kung-fu de trois heure du matin, la loi des séries, les tours gratuits, l'etc. et l'et caetera. La colline là-haut, la route là-bas, le terrain là-derrière et la rue là-devant, le chemin d'à-coté et le livreur de pizzas. La seule faculté de compenser et de donner le meilleur. Ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas et tous ceux qui ont une fois demandé pourquoi. La marée haute, les nouilles chinoises et l'odeur de l'herbe mouillée. Le poids plumes et le poids lourds, les extrêmes et tout ce qu'il faut entre pour les rendre possibles. L'arrogance, les grandes gueules et la petite souris. Darwin et le jour où on arrive à nouer ses lacets tout seul. Ce qu'on est, pas ce qu'on a été. Le petit sourire idiot et le sourire qui suffit à vous habiller. Quelque chose à partir de rien, tout ce que vous possédez, le coup de poignet, le petit rien qui change tout et Jeanne d'arc. La location de vidéo 24h/24, celui qui n'a vraiment pas peur de discuter et les horoscopes. Tous ceux qui étaient sortis du droit chemin, jamais et à jamais. Le risque et le péril. La lettre, le mot juste et la liberté de dire m**** à tout. Le mec dans le bus ce matin, entrevu, regardé, plus quitté des yeux. La tentative, l'échec et le pouvoir de s'en soucier tout en s'en foutant complètement. Votre bon coté, vos mauvais cotés. L'ego, le ça, garder la foi, perdre la tête et les maxi-formats. L'idée que l'on a encore rien vu. Les déodorants, la possibilité de donner une bonne excuse, la planète terre et le premier homme qui a regardé les étoiles. Le pour et le contre, le contre-la-montre. Certains animaux (vous vous reconnaîtrez). L'inventeur des balles, des clubs, des battes, des crosses, des queues et la couette en duvet. L'homme qui a couru, la femme en train de courir, les pieds et partout où on peut les poser. Rester soi, rester vrai, ne jamais déraper, le fulguro-poing, les jours où il pleut des grenouilles et rêver qu'on peut s'envoler. Ceux qui ont écrit les règles, ceux qui les ont violées ; ceux qui m'ont ou ce qui m'a, un jour, inspirés.

cochon qui s'en dédit
 
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